Commémoration du 230ème anniversaire du massacre par les colonnes infernales de 200 personnes du 30 janvier 1794 au Parc Soubise

 

 

Journée riche en émotions que ce dimanche 28 janvier 2024 où presque 400 personnes sont venues se souvenir et se recueillir pendant la messe. La lecture du déroulement de cette funeste journée de 1794 fut suivi par l’annonce solamnel des 15 noms des victimes oubliés du Parc Soubise. Deux tulipeirs de Virginie furent plantés par les maires des communes de Saint-Paul en PPareds, Lebupaire, Rochetrejoux et Mouchanps.

À la recherche des noms des 200 victimes fusillées par la Colonne infernale le 31 janvier 1794 commandée par Lachenay.

15 noms, certains ou probables, sont sortis de l’oubli. 15 noms c’est peu et c’est beaucoup car pendant cette période tragique aucun registre paroissial ou civil n’a été tenu, très peu d’archives ont été retrouvées, beaucoup de corps ont été brûlés ou enterrés dans des charniers. Liste des noms retrouvés des fusillés du Parc Soubise est la suivante:

– Noms transmis par les Mémoires Familiales

  • Jean François BAUBRY de Mouchamps, né en 1766, charpentier, fusillé à 28 ans au Parc Soubise
  • Jeanne SEGUIN, veuve Loizeau retrouvé le 1er février

– Noms retrouvés par recoupements

  • Jean MERIT ou EMERY, farinier/minotier, marié à Madeleine Gendronneau à St Paul en Pareds, père de Jean Baptiste ou Joseph, retrouvé le 1er février 1794
  • Monsieur MERLET, de St Paul en Pareds, retrouvé avec Jean MERIT le 1er février 1794
  • Pierre JAUZELION de la Coudrinnière retrouvé le 1er février 1794

– Noms retrouvés au Parc Soubise datés du 8 pluviose an2

  • Les 3 frères MANDIN
  • MANDIN de la Chaumière
  • Louis BORDRON
  • Victimes des famille MICHELEAU, SOULARD, DOUILLARD, BIGARD, BORDRON, ROBIN, FONTENEAU, MINDRON, ACHARD…

– Nom des rescapés retrouvés

  • Joseph ou Jean Baptiste MERIT, 6 ans, ou EMERY, rescapé qui a raconté l’histoire.
  • Louis BARBARY, échappant à la Colonne infernale, saute dans  les Douves et se cache dans l’eau glacée et les roseaux pendant le massacre. Il en sort sans voix (mémoire familiale de la famille LENIN/Tixier)

Il s’agit donc d’une petite victoire sur la barbarie et le temps.

 Narration d’Une Journée ordinaire des colonnes infernales en Vendée au Parc Soubise

Août 1789, le temps est éclatant et l’avenir radieux.

Au domaine du Parc Soubise, les moissons sont finies et sont en train d’être engrangées sous l’œil attentif du régisseur, Monsieur Barbot, dans le grenier du château tout neuf qui se dresse ici depuis dix ans en remplacement du vieux château, abîmé durant les guerres entre protestants et catholiques.

Un vent nouveau souffle sur la France, un vent nouveau de liberté et de réformes. Les privilèges sont abolis depuis le 4 août et la démocratie proclamée. La toute jeune garde Nationale de Mouchamps s’organise avec, à sa tête, le comte de Chabot, propriétaire du château du Parc Soubise.

Au village de Mouchamps, à côté, le charpentier Jean Baptiste Baubry est optimiste. A 23 ans, l’avenir lui appartient !  Avec le nouveau régime, tout va changer. Les députés du peuple ont pris le pouvoir et ont promis la liberté, l’égalité, la fraternité. « Le bonheur est une idée neuve en Europe » proclame le député Saint- Just devant l’Assemblée. Jean Baptiste y croit. A la fin du printemps suivant, l’air est toujours aux réjouissances et l’on organise des banquets partout pour célébrer la fête de la Fédération.

Mais de gros nuages noirs s’amoncellent pourtant. La Constitution Civile du Clergé votée en juillet 1790 commence à restreindre les libertés, notamment la liberté religieuse, en interdisant les vœux monastiques, en imposant un serment constitutionnel aux prêtres et évêques et en vendant les biens de l’église aux plus aisés. Jean Baptiste aime bien son curé et les bonnes sœurs qui lui ont appris à compter et à lire. Il ne comprend pas pourquoi l’Assemblée Constituante s’en prend à eux. Pourquoi faut-il remplacer son curé de paroisse par un prêtre qui a juré fidélité à la Révolution? Pourquoi vient-on arrêter celui qui l’a baptisé pour l’envoyer en Guyane casser des cailloux ? Bah ! Son père Mathurin, maître charpentier, qui lui a tout appris du métier, a besoin de lui à Vendrennes pour refaire le toit de la ferme des Genty. C’est pas le moment de rêvasser…

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas. En ce 2 mars 1793 les langues vont bon train dans les villages de Vendée et des Mauges. Qu’est ce que c’est que cette histoire de levée en masse et de guerre aux frontières ? Non, c’est décidé ! Jean Baptiste n’ira pas faire la guerre pour défendre la Révolution ! Un homme par famille qu’ils disent là-haut à Paris, car la République est en danger. Pourquoi moi j’irai et pas le fils du notaire ? se demande Jean Baptiste ? Parce qu’il a pu payer quelqu’un qui crève la faim pour y aller à sa place, parce qu’il est fonctionnaire ? Où est l’égalité dans tout cela ? Plutôt se cacher dans les haies entremêlées du bocage où l’armée ne pourra pas le trouver. Jean Baptiste Baubry n’est pas le seul contestataire. La Vendée s’embrase, s’organise, s’arme de piques et de faux et défie la toute jeune République. Cette armée de paysans se bat vaillamment pour défendre ses convictions, sa liberté mais finit par s’incliner devant les importantes forces militaires en présence. En effet La révolte vendéenne agonise avec la virée de Galerne. Partis 80 000, les vendéens reviennent 10 000 et le général Westermann peut fièrement écrire à la convention au soir du 23 décembre 1793 : « Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants… Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé…à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. Nous ne faisons pas de prisonniers, il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n’est pas révolutionnaire»

Jean Baptiste est fatigué de cette guerre fratricide, épuisé d’avoir toujours peur, d’être toujours caché. Il a vu tant d’horreurs ! On ne doit pas être triste et désabusé quand on a 27 ans ! On est fait pour l’amour et la vie, pas pour la peur et la haine!

Pourtant, Jean-Baptiste, tu n’as pas encore vécu le pire.

En ce début 1794 la Convention veut en finir avec la Vendée qui pourtant est exsangue. Le Général Turreau, général en chef des forces républicaines de l’ouest, établit un plan de destruction totale de la Vendée. Il envoie 12 colonnes chargées non pas de combattre mais de tout brûler et de tuer tous les habitants « Il faut tout passer au fil de la baïonnette, livrer aux flammes les bourgs, les villages, métairies, bois, landes, genêts, tout ce qui peut être brûlé » commande-t-il à ses soldats. La Terreur est décrétée par la Convention à Paris.

Certains soldats sont plus zélés que d’autres et devancent même l’ordre de leur chef. Louis Grignon, fraichement promu Général, et Jean Baptiste Lachenay, adjudant général,  commandent la 2ème colonne. Sans attendre l’ordre de marche de leur chef, le général Turreau, ils se mettent à l’ouvrage dès le 19 janvier : « Camarades, dit Grignon, nous entrons dans le pays insurgé. Je vous donne l’ordre de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d’être brûlé et de passer au fil de la baïonnette tout ce que vous rencontrerez d’habitants sur votre passage. Je sais qu’il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays ; c’est égal, nous devons tout sacrifier ».

En ce mois de pluviose, sur les collines au loin, Pouzauges, la Flocellière, St Michel Mont Mercure et bien d’autres flambent.. « On suit la colonne autant à la trace des cadavres qu’elle a faite qu’à la lueur des feux qu’elle a allumés » raconte son cousin François sous le choc, à Jean Baptiste.

En ce 31 janvier 1794 Jean Baptiste Baubry a un mauvais pressentiment. Il croise à la sortie de Mouchamps deux gamins d’une dizaine d’années venant de St Paul en Pareds, les petits Joseph et Jean Baptiste Merit qui veulent aller pêcher au bord du Petit Lay. « N’y allez-pas les enfants, c’est trop dangereux en ce moment d’être à découvert, allez plutôt vous cacher dans la forêt du Parc Soubise. Vous y trouverez de la compagnie ». Mais les gamins ont faim…et n’entendent que leur ventre creux.

Ce même jour, la 2ème colonne se divise en deux sections commandées respectivement par Grignon et Lachenay qui ratissent chacune d’un coté du Lay, traquant femmes, enfants, vieillards, hommes, tout ceux qu’elle peut trouver. Elle passe au Boupère, à Rochetrejoux: partout des flammes et des cadavres. Les enfants Merit sont pris au bord de la

rivière « Nous étions mon frère et moi à pêcher des verdons sur le bord du Lay, quand nous fûmes saisis par des soldats. On nous mena au milieu d’une troupe de pauvres gens de tout âge, marchant deux à deux comme des moutons, raconte Joseph Merit. Je reconnus beaucoup de mes parents, dont mon père, et de mes amis, entre autres ma cousine âgée de 18 ou 20 ans. Elle était grande, forte et avait bonne mine. Arrivés dans la cour du Parc Soubise, je vis des bleus mettre le feu au château. Pendant que le château brûlait, les soldats nous placèrent sur deux rangs et tirèrent sur tout le monde à bout portant. Ma cousine tomba près de moi et quand il ne resta que deux ou trois enfants qui avaient été manqués, le chef cria « c’est assez ». Alors j’ai été sauvé. Les soldats prirent les cadavres, les dépouillèrent et, rassemblant tous les fagots qu’ils purent trouver, firent brûler tous les corps dans la grande cour du château, à peu de distance du puit qui se trouve au milieu ».

Louis Barbarit de la ferme de Soubise à Mouchamps, ramassé par la troupe, eut la présence d’esprit de glisser entre les mains des bleus en se jetant dans les douves où il est resté le temps de l’incendie et de la fusillade. Quand il ressortit, gelé, il avait perdu la voix.

Jean Baptiste Baubry, le charpentier, ne finit jamais le toit de la ferme des Genty. Il mourut ici même sous les balles des soldats. De même Pierre Jauzelion de la Coudronnière, Jean hemery ou René Merlet.

Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est pour tirer de l’oubli Jean Baptiste Baubry et les 200 anonymes qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment et dont les cadavres reposent encore, entremêlés pour l’éternité, dans cette terre du Parc Soubise que nous foulons aujourd’hui.

Le 16 août 1794, le Général Grignon est suspendu et mis en état d’arrestation pour ses actions criminelles en Vendée. Acquitté, il réintègre l’armée le 25 octobre 1795. Il est admis à la retraite le 28 juin 1810 et meurt tranquillement dans son lit le soir de Noël 1825.

Journée riche en émotions que ce dimanche 28 janvier 2024 où presque 400 personnes sont venues se souvenir et se recueillir pendant la messe. La lecture du déroulement de cette funeste journée de 1794 fut suivi par l’annonce solamnel des 15 noms des victimes oubliés du Parc Soubise. Deux tulipeirs de Virginie furent plantés par les maires des communes de Saint-Paul en PPareds, Lebupaire, Rochetrejoux et Mouchanps.