Le Parc Soubise, témoin de l’histoire tumultueuse de la région

Le domaine du Parc Soubise, sur la commune de Mouchamps en Vendée, est de très vieille et très grande noblesse. Le lieu fut occupé par les civilisations antiques : des fouilles opérées à la fin du XIXème siècle ont mis à jour des tombes de l’époque Gallo-Romaine.

Au XIIème siècle, la propriété fut le parc de chasse et de pêche des seigneurs de Mauléon puis de Lusignan. Cette famille célèbre donna le dernier roi chrétien à la ville de Jérusalem au temps des croisades et, dans un autre genre, une fée moitié femme moitié serpent, la fée Mélusine.

Le domaine du Parc Soubise devint par mariage propriété des Parthenay l’Archevêque. Au début de la Renaissance, c’est une grande figure féminine de son époque qui brille au Parc Soubise :  Michèle de Saubonne, épouse de Jean V de Parthenay L’Archevêque et amie du grand mathématicien François Viète, mathématicienne de renommée elle-même.  Cette dame du Parc Soubise fut dame d’atours de la reine Anne de Bretagne, épouse du roi Louis XII, puis gouvernante de leur fille, Renée de France.

Une rencontre décisive pour la Vendée

Catherine de Parthenay

Jean Calvin

A l’occasion du mariage de René de France avec le duc de Ferrare, Michèle de Saubonne rencontre Jean Calvin, théologien français et initiateur de la Réforme, et se convertit à ses idées. Femme de poigne et de conviction, de retour au Parc Soubise en 1536 Michèle de Parthenay s’attache à imposer sa nouvelle foi protestante à toute la région. C’est ainsi que naquit le protestantisme en Vendée.

Sa petite fille, la très belle, érudite et austère Catherine de Parthenay l’Archevêque, épouse de René de Rohan tient sa cour au Parc où vient la visiter son cousin Henri de Navarre, futur Henri IV. Bien que sous son charme, il ne peut s’empêcher de reconnaître que Catherine a la dent dure. Il dira d’elle « Voici venir Madame de Rohan ; gardez-vous mesdames qu’elle ne crache sur vous. Pour le moins, si elle n’y crache elle en médira. » Le couple aura 2 fils, Benjamin et Henri. Benjamin mourra jeune suite à duel crapuleux et Henri deviendra la fierté de ses parents.

Henri, chef des armées protestantes

Henri II de Rohan, Duc de Rohan

La vie sous les Rohan n’est pas un long fleuve tranquille. En effet les guerres de religions entre protestants et catholiques font rages et les combats sont fréquents. Le duc et la duchesse sont des protestants passionnés. Le Parc et ses habitants deviennent vite un centre actif de la révolte contre le roi Louis XIII. Le fils de Catherine et de René, Henri de Rohan prend la tête des armées protestantes avec le soutien de sa mère pour aller combattre les armées du roi menées par Richelieu, qui connaît bien la Vendée pour en avoir été l’évêque. Acculée à la Rochelle où elle attendait l’aide des anglais, l’armée protestante d’Henri est assiégée et doit se rendre, après avoir mangé chevaux, rats, chiens, chats et … pour finir les selles de chevaux bouillies !

Richelieu, pour éviter une nouvelle rébellion, décide de faire démanteler tous les châteaux des chefs protestants. C’est ainsi que le château du Parc Soubise sera détruit, puis vendu. Un malheur n’arrivant jamais seul, la fille d’Henri de Rohan, Marguerite, tombe amoureuse d’un noble catholique et de famille aussi ancienne mais moins prestigieuse, Charles-Auguste de Chabot. Elle l’épouse par amour, au désespoir de ses parents mais avec l’accord de Louis XIV, trop heureux de voir rentrer dans le giron de l’église catholique le dernier rejeton de cette illustre famille protestante !

La tourmente des guerres de Vendée

Au milieu du XVIIIème siècle, un autre protestant, armateur à la Rochelle, Monsieur de Bonfils écuyer et secrétaire-conseiller du roi commence à construire le château dont il reste aujourd’hui une belle ruine. Mais il revend bientôt le domaine car il est appelé à Versailles. Par une ironie de l’histoire c’est un membre de la famille de Chabot qui rachète la propriété et finit la construction du château en 1784.

Les « brigands » vendéens de 1794

Mais l’histoire de France rattrape ce petit coin de Vendée lors de la révolution française de 1789 et plus particulièrement pendant la Terreur de 1793. Les vendéens, jaloux de leur liberté de conscience, de nouveau très attachés à la religion catholique soutiennent les prêtres qui veulent rester fidèles au Pape en refusant de prêter serment à la République lors de la Constitution Civile du Clergé. Pour les punir de leur rébellion, la Convention envoie ce que l’on a appelé avec effroi les colonnes infernales dont le seul but est de ravager la Vendée et ses habitants.

Par un matin de janvier 1794, une des colonnes infernales de Turreau passe au Parc Soubise après avoir ramassé sur son passage 200 femmes, enfants, vieillards. Les soldats alignent tout le monde le long du château et les fusillent… puis mettent le feu au château. Aujourd’hui encore les ruines de ce drame sont intactes et se dressent comme témoin d’un passé douloureux pour la région.

La vie reprend au Parc Soubise après le Concordat de 1802 et le domaine, toujours entre les mains de la famille de Chabot, se relève. La pêche et la chasse reprennent leur droit et aujourd’hui encore cette tradition perdure.

Le Parc Soubise, offre encore de nos jours le charme de son parc, de ses étangs, de ses bâtiments historiques aux visiteurs désireux de faire une plongée dans l’histoire authentique de la région.